La vie d’après

 

Voilà un bon moment que je n’ai pas ouvert un fichier Word, concentré ma pensée sur des mots, des phrases, des paragraphes, ressenti l’excitation de l’information… Finalement oui, je suis verni : tout ça me tourneboule à nouveau. C’est ma chance.


La médecin du travail l’avait reconnu : après ce qui nous est arrivé le 7 janvier 2015, il y a deux manières de vivre au quotidien dans un bunker. On peut s’imaginer dans un cocon, se sentir libre et protégé – deux adjectifs pas forcément compatibles, mais bon. Ou bien, et c’est mon cas, trouver insupportable de passer ces heures barricadées, les allées et venues sous l’œil de la police, les hommes en gilets pare-balles, les sas, les codes de sécurité, les blindages, la panic room… Un arrêt de travail m’a donc été prescrit, et reconduit. Me voilà donc dans une drôle de situation : je bous d’impatience d’enquêter et d’écrire à nouveau, mais je ne peux physiquement pas remettre les pieds à Charlie, mon journal. Le dédoublement, ce n’est hélas pas pour maintenant !


En tout cas, 7 janvier ou pas, journaliste j’étais, journaliste je resterai. Le bouclage me manque, la conférence de rédaction, l’enquête, faire un journal, tout simplement. Scruter les coulisses de la vie publique. Rapporter les petites et grandes lubies des puissants. Raconter à petites touches la face noire des pouvoirs, de tous les pouvoirs. Ce blog publié sans annonceur et n’appartenant à aucun milliardaire du CAC40 me servira d’exutoire. J’attends de voir si les foules se précipiteront pour me lire, mais si jamais elles sont au rendez-vous, elles y trouveront humeurs, chroniques ou énervements, postés au fil des jours, des rencontres, des retrouvailles.


La vie d’après a commencé.