Transparence: le mystère Le Roux

Posté le 23/03/2017

Je ne sais pas si son passage éclair au ministère de l'Intérieur laissera des traces au royaume des flics et des gendarmes, mais en tout cas Bruno Le Roux pose un souci à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie publique, cette institution désormais nécessaire au bon fonctionnement de notre démocratie malade. 

Car, et c'est une première, le ministre démissionnaire n'a pas déposé les déclarations de patrimoine et d'intérêts que la loi l'oblige à rendre publiques. Nommé à Beauvau le 6 décembre 2016, il avait deux mois pour le faire, jusqu'au 6 février 2017 donc. Mais sur la page le concernant sur le site de la Haute Autorité, rien, nada, zéro. Il suffit de se rendre sur la bonne page: "Déclaration à venir", est-il indiqué depuis des semaines. Y avait-il un loup que les contrôleurs ont soulevé? Le Roux serait-il, comme l'éphémère Thomas Thévenoud il y a quelque temps, un "phobique administratif" ayant oublié de payer ses impôts? Je rigole, je n'en sais rien. A moins qu'il ne s'agisse que d'un retard inhérent à la Haute Autorité, que l'on dit débordée, il y a peut-être un bug. Amis investigateurs, au boulot!

En tout cas, que va-t-il se passer maintenant que l'intéressé a quitté son maroquin, flingué par les contrats accordés à ses deux gamines sur les fonds de l'Assemblée nationale? Les déclarations d'après nomination seront-elles publiées? Comme le veut la loi, l'ex-ministre Bruno Le Roux doit désormais, avant le 21 mai, effectuer sa déclaration de fin de fonctions. Mais peut-il rendre public son patrimoine à la sortie du ministère s'il ne l'a pas fait en y entrant? Rappelons que ce système n'a de sens que si un comparatif est établi. L'exercice est formel, mais bon, il permet parfois de lever des lièvres. Regardez ce qu'a publié le Canard le 15 mars: le journal fait état d'un prêt de 15 000 euros par Alain Bauer à Manuel Valls. Bauer, son grand pote, homme de réseaux et d'influence. Le prêt a été déclaré dans les formes au fisc, mais pas à la Haute Autorité - on ne le trouve pas dans la déclaration déposée par Valls le 30 janvier 2014, alors qu'il est intéressant de savoir que l'intéressé avait des liens financiers avec un personnage ayant été nommé par l'Etat (sous Nicolas Sarkozy, que Bauer fréquentait également) à la tête d'un organisme public - en l'occurrence, le Conseil national des activités privées de sécurité. Mais il s'agit sûrement d'un oubli. 

Ce sont parfois dans ces petits arrangements que se révèlent les grosses turpitudes.  

Allez, à la prochaine!