La République des petits ou des puissants

Posté le 16/05/2017

A assister aux premières heures du nouveau président dans ses fonctions de chef de l'Etat, on se demande si les ors, la pompe et les lourdeurs effrayantes de notre monarchie républicaine n'ont pas trouvé leur nouveau thuriféraire. En tout cas, le tout nouveau "grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur" pourrait, s'il lui reste une minute après avoir sauvé la France et réformé le monde, jeter un oeil sur les aberrations et les injustices visant les récipendiaires des décorations de la République. 

Le 3 mai, quelques jours avant la fin de son quinquennat, Hollande a  signé un décret excluant de l'ordre du Mérite un certain Maurice Dufresse. Si ce nom ne parle qu'à quelques initiés, sa personnalité est néanmoins connue: il a signé un livre qui s'est pas mal vendu en 2010, sous le nom de Pierre Siramy, sur sa vie passée à la DGSE: 25 ans dans les services secrets (Flammarion). J'ai eu l'honneur d'être son coauteur. 

 Raconter quelques coulisses des services lui a coûté cher: perquisition à 6 heures du matin par une escouade de flics de la DGSI venus de Paris, saisies diverses et variées à son domicile, garde-a-vue, mise en examen, contrôle judiciaire prolongé au-delà du raisonnable, condamnation par la justice en 2015 pour violation du secret-défense et du secret professionnel. Fermez le ban, la règle selon laquelle les personnes définitivement condamnées par la justice sont exclues de la Légion d'honneur et du mérite s'applique. Ainsi soit-il. Mais bon, à quelques jours de la passation de pouvoir à l'Elysée, la République était-elle tellement menacée qu'il fallait de toute urgence retirer le Mérite au simple retraité Maurice Dufresse...?

Au même moment ou presque, un autre ancien de la DGSE - le service d'espionnage s'appelait SDECE à cette époque - était décoré: Michel Roussin. Promu commandeur de la Légion d'honneur, l'ancien proche de Chirac, ex-barbouze en chef de la Chiraquie, désormais à la solde de Bolloré, a été remercié sur recommandation du Premier ministre lors de la dernière fournée de Pâques. Et pourtant, l'intéressé avait été condamné en 2008 à quatre ans de prison pour complicité de corruption active et passive dans l'affaire des marchés truqués d'Ile-de-France. Rien que ça. 

Pendant que l'on met la tête sous l'eau au petit, on récompense le puissant. 

L'association Anticor vient de réagir, notant que "le site de la grande chancellerie de la Légion d’honneur annonce que « le futur légionnaire doit avoir un casier judiciaire vierge et une bonne moralité »" et "qu’une personne ayant fait l’objet d’une condamnation pénale pour avoir manqué à son devoir de probité ne possède pas les qualifications requises pour être promu au rang de commandeur de la Légion d’Honneur". 

C'est sagement dit. Mais personne n'en a rien à faire. 

Allez, à la prochaine!