Bettencourt, la saga, les milliards, l'apartheid sud-africain

Posté le 22/09/2017

Mais que le temps file! Je me rends compte de trois mois sont déjà passés depuis que j'ai posté un petit hommage à Honoré, celui qui fut notre dessinateur de génie. En tout cas, la mort de Liliane Bettencourt, cette pauvre dame (pauvre: pas de milliards en tout cas) qui fut entourée et trompée toute sa vie à cause de sa fortune, me rappelle que la saga judiciaro-politique dont elle fut l'héroïne involontaire a démarré dans les médias par un papier du site internet dont j'étais alors rédacteur en chef, Bakchich. Un média qui n'existe plus hélas aujourd'hui (je l'ai quitté début 2009, avant que la situation et les nouveaux actionnaires n'en modifient profondément le bien-fondé). Les confrères d'Arrêt sur Images permettent de se souvenir de ces instants magiques où un petit journal satirique inconnu, mais fieffé insolent, se permettait de jouer dans la cour des grands: les révélations de Bakchich avaient en effet fait le tour du monde. Nous aussi, tout en nous amusant dans notre coin, étions capables d'apporter notre pierre à l'édifice de l'actualité. 

Je n'avais jamais vraiment retravaillé sur le dossier Bettencourt, qui connut une nouvelle vigueur avec les fameux enregistrements où l'on entendait les courtisans, mendiants et profiteurs de tout poil se presser autour de la fontaine à billets, la Liliane qui qui n'y entendait plus chose... Là, au fil des minutes captées par le dictaphone de l'employé de la milliardaire, éclatait en plein jour toute la saleté de l'âme humaine. Un jour, à Charlie, on publia quand même sur cette vieille dame riche une BD, co-réalisée avec un dessinateur de l'équipe: Tout le monde aime Liliane.  

Les hasards du calendrier ont fait que je m'étais plongé la veille de la mort de Bettencourt dans les dossiers révélés par un site internet sud-africain. Ayant travaillé pour mon premier bouquin, relatif aux trafics d'armes, sur les liens plus que troubles entre l'Afrique du Sud de l'apartheid et la France, je reprenais avec délices et consternation le récit de ces compromissions, détaillées cette fois-ci par une ONG anti-corruption sud-africaine, Open secrets. On peut lire une partie de ces détails ici, avec en prime une chouette photo de Chirac et quelques documents originaux issus des archives secrètes auxquelles l'association a eu accès. Le gratin militaire de Prétoria, pourtant frappé d'embargo, venait en France tester les missiles et faire la bringue dans les vignobles. Et la haute société française - avec d'autres, le discrédit n'est pas uniquement tricolore - se pressait en Afrique du Sud à l'invitation du régime de l'apartheid. Surprise: on trouve ainsi la présence du couple Bettencourt, parmi une poignée d'industriels et de banquiers, belges et suisses (il fallait bien que le fric des transactions illégales passe quelque part) invités à une réception donnée par le Premier ministre sud-africain en l'honneur du chef de l'Etat-grand chef de l'apartheid, Nicolaas Diederichs, un jour d'avril 1975. Ici, lecteur curieux, se trouve le document où apparaissent l'héritière de L'Oréal et son mari André, alors déjà ancien ministre à cette date, au sein d'un aréopage peu recommandable.

On disait en effet que le président sud-africain était resté admirateur du IIIème Reich, ce qui situe un peu l'homme. Il avait également promis à un journaliste que l'Afrique du Sud resterait mordicus la patrie de l'homme blanc.  

Et bien, Liliane et André Bettencourt avaient trinqué avec ces gens-là. 

Allez, à la prochaine!